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Meurtre au moulin du Lendu

Frissons en Bretagne
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Meurtre au moulin du Lendu
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Meurtre au moulin du Lendu (Finistère)

(D’après un article du Télégramme)

Nous sommes le 19 novembre 1887. Alain Gloanec, jeune homme apprécié de 20 ans, orphelin, exploite le moulin du Lendu, dans la commune d’Ergué-Armel. Ce samedi matin-là, il quitte sa demeure pour se rendre à la foire de Quimper. Sa domestique, Anne Michelet, veuve Le Fur, et le fils de cette dernière, Sébastien, l’accompagnent. La jeune soeur d’Alain, Marie-Anne, âgée de 14 ans, reste seule au Moulin.

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Il rentre chez lui à 19 h et croise sa voisine, Catherine Thaboret. Elle lui dit son étonnement : elle n’a pas croisé sa soeur de la journée, bien qu’elle soit allée au moulin à deux reprises. Alain Gloanec a un mauvais pressentiment. Il se précipite chez lui, prend de la lumière dans la cuisine et dévale l’escalier menant au sous-sol du moulin. Un triste spectacle l’attend : sa soeur est à genoux au bas de l’escalier, le corps renversé en arrière sur les deux dernières marches. Une tâche de sang est visible sur sa pommette gauche. Son cou est enserré par une corde, fixée par un noeud coulant et reliée à la rampe de l’escalier.

Suicide ou meurtre ?

Submergé par la peine, Alain Gloanec pense d’abord à un suicide. Mais il aperçoit, non loin du balai tombé près du foyer, le sabot gauche de sa soeur. L’autre est sur une marche de l’escalier. Puis il constate que la porte de l’armoire, qu’il avait fermée, est simplement poussée. Il l’ouvre. Les 12 francs en monnaies de cuivre, déposés sur une planchette, n’y sont plus. L’hypothèse d’un crime crapuleux se dessine.

Alain Gloanec a même des soupçons : il avait dû congédier, un mois auparavant, un homme, Paul Faine, 39 ans, car il était loin de faire l’affaire. Depuis, il n’était pas rare qu’il rôde aux abords du Lendu. Marie-Anne n’était pas tranquille et s’en était ouverte à son frère. Un témoignage va conforter cette piste : un nommé Pierre Lennon, domestique dans une ferme voisine, a aperçu Paul Faine, venant du moulin du Lendu et se pressant vers Quimper, environ une demi-heure après le départ d’Alain Gloanec… L’oncle d’Alain, François Gloanec, cabaretier à Saint-Évarzec, est prévenu et se rend à Quimper pour alerter la police. Paul Faine est arrêté dès le lendemain chez Marie-Anne Quinquis, veuve Dréau, une aubergiste de la rue Neuve. Ses vêtements sont maculés de boue et de sang.

Plusieurs versions des faits

Il est interrogé par un commissaire de police. Il proteste de son innocence puis avoue avoir tué Marie-Anne Gloanec pour voler l’argent. Le cadavre de l’adolescente lui est présenté. Il donne alors des précisions : il a attendu le départ d’Alain Gloanec et des deux domestiques puis s’est introduit dans le moulin, entre 8 h et 9 h du matin. Marie-Anne lui tournait le dos, occupée à balayer la cuisine. Il lui a saisi le cou de la main gauche, puis l’a renversée au sol sur le côté droit, tout en continuant de lui presser le cou. La voyant à demi évanouie, il a, selon ses dires, cherché une corde dans un réduit, lui a passé un noeud coulant autour du cou puis l’a tirée sur le sol et dans les quatorze marches de l’escalier, sur le ventre. Il l’a relevée à deux mains et l’a attachée à la rampe. Il livre ensuite une autre version : il était venu réclamer ses chemises qu’il avait laissées après avoir été congédié. La jeune fille lui aurait dit qu’elles n’étaient pas lavées. Il l’aurait étranglée, mû par la colère.

Un élément vient fragiliser ses dires : la corde ne vient pas du moulin. Le médecin qui pratique l’autopsie de la dépouille relève aussi des traces d’agression sexuelle, qu’il date du moment où la victime agonisait par asphyxie. Paul Faine nie farouchement. Son passé judiciaire ne joue pas en sa faveur : en 1882, il a violé une habitante d’Ergué-Gabéric mais l’affaire n’a pas eu de suites judiciaires. Deux ans avant, alors qu’il était garçon meunier au moulin Coz, à Elliant, il a commis un attentat à la pudeur sur le jeune fils, âgé de 8 ans, de ses patrons, les époux Bourbigot. Il a aussi été fiché pour plusieurs larcins et a effectué quelques séjours à l’ombre. Paul Faine est un enfant de l’hospice devenu mi-garçon meunier, mi-vagabond. Il s’est fait renvoyer de toutes les places où il a travaillé car, selon ses différents patrons, il était « paresseux, ivrogne, insoumis ». Il était également décrit comme brutal et libertin.

Condamné à mort après 30 minutes de délibéré

Le procès de Paul Faine se déroule devant la cour d’assises du Finistère les 12, 13 et 14 avril 1888. Lors des débats, devant une salle d’audience comble, Paul Faine se bornera à répéter qu’il n’a « rien à dire », si ce n’est qu’il défend sa version des chemises qu’il était venu récupérer au moulin. Le samedi 14 avril 1888, le jury se retire pour délibérer à 14 h 30. Il revient à 15 h. Aucune circonstance atténuante n’est retenue. Paul Faine est reconnu coupable d’assassinat, de viol, d’attentats à la pudeur, d’abus de confiance et de vols. Il est condamné à avoir la tête tranchée sur l’une des places publiques de Quimper. Il reçoit le verdict sans émotion apparente et étonne même l’assistance en annonçant qu’il sera gracié.

« Il est d’une pâleur mortelle »

La guillotine arrive dans la nuit du 23 au 24 mai, et à 2 h du matin. 500 personnes s’agglutinent sur la place du Marché aux Bestiaux pour profiter du montage. Le 1er juin, la nouvelle se répand : Louis Deibler, le bourreau, est arrivé en ville. . Et ils sont des milliers à se masser, le 2 juin au matin, pour assister à l’exécution. Des femmes, des enfants en nombre, mais aussi beaucoup de paysans que ce crime a fortement ébranlés. Deibler et ses assistants entrent dans la prison vers 2 h du matin pour procéder aux formalités d’usage et à la toilette du condamné. Ils sortent de la prison à 3 h 40 dans un fourgon couvert qui emprunte la rue du Chapeau-Rouge, le Pichéry pour arriver au champ de foire à 3 h 55. Paul Faine apparaît. « Il est d’une pâleur mortelle. Ses jambes tremblent mais il marche », écrit le journaliste de l’Union Agricole. Il embrasse un crucifix que lui tend l’aumônier, l’abbé Labrousse. Étonnamment, le religieux se retourne vers la foule et s’en va en courant, « comme un homme perdu », détaille le journaliste. Paul Faine est saisi par les aides de Deibler, placé sur la bascule. Le couperet s’abat. Toute la nuit, les rues de Quimper résonnèrent de cris, de chants et d’éclats de rire.