Crime passionnel à Plozévet (Finistère)

Frissons en Bretagne
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Crime passionnel à Plozévet (Finistère)
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Crime passionnel à Plozévet (Finistère)

Dans Frissons en Bretagne sur Billigradio, nous évoquons depuis plusieurs semaines des faits troublants, des faits sanglants, des faits terrifiants qui ont secoué la vie quotidienne des Bretonnes et Bretons. C’est dans la presse, les livres, c’est à la radio que j’entends ces histoires frissonnantes et ainsi je peux vous en transcrire les faits. Aujourd’hui encore, il va être question d’un récit repris d’un article de Ouest-France et d’extraits d’articles de journaux de l’époque… Le récit d’un crime passionnel de l’entre deux-guerres qui a ému plus d’un Finistérien à l’époque.

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« L’assassin » croqué par le magistrat Pierre Cavellat

Nous sommes en 1933, Guillaume-Marie Kervarec, natif de Pont-Croix, a commencé sa carrière en bas de l’échelle. Grâce à la famille aisée de sa femme, Jeanne Gargadennec, il a pu acquérir une usine de conserves alimentaires à Plozévet, où il s’est installé en 1924.  Ils ont deux enfants.

Mais il n’est pas bon gestionnaire et préfère passer du temps à Quimper, Lorient et Paris dans les bras de femmes de petite vertu. Il s’en vante, en particulier de sa « poule » américaine comme il la surnomme. La situation économique de La Trinité se dégrade. Début 1933, Kervarec rencontre Alix Grenet, un ami de son temps au service militaire. L’ancien contrôleur des douanes et courtier en Allemagne et en Belgique a alors 38 ans. Il s’installerait bien en Bretagne.

Il entre dans l’usine de La Trinité et commence très vite à prendre les commandes. Les actionnaires le préfèrent à Kervarec, qui lui, devient représentant de commerce en conserverie à Paris. Alix Grenet prend sa place, à la tête de l’usine et dans le lit de sa femme, restée contremaîtresse. Il s’installe chez elle et ses deux enfants avec les quatre siens. L’usine repart, salariés et producteurs s’en félicitent.

Le 23 août 1933 à 21 h 30, Kervarec entre dans la cuisine et demande où se trouve Grenet, qui apparaît à ce moment-là. La bonne essaie de retenir Kervarec, il se dégage, pousse Grenet, prend le revolver 6,35 mm dans une poche de son pantalon et lui tire un coup de revolver dans la tête. Grenet décède d’une violente hémorragie cérébrale.

« Mon brave Alix, qu’est-ce que j’ai fait, tu étais pourtant un brave copain », lance l’entrepreneur déchu.

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Le plan de la maison dans laquelle Guillaume Kervarec a tué Alix Grenet. | DR

Préméditation retenue

Kervarec explique aux gendarmes qu’il voulait faire changer sa femme d’avis, que le coup est parti seul et qu’il a ensuite tenté de se suicider, mais que son revolver se serait enrayé. La version de la bonne le contredit, sa femme justifie son acte par le manque d’argent et des lettres de menaces adressées à Grenet sont retrouvées, tout comme des témoignages à charge contre Kervarec. La préméditation est retenue. Le procès se déroule du 11 au 13 janvier 1934 devant la cour d’assises du Finistère, sous la présidence de M. Hervieu.

« Ce drame passionnel au parfum de scandale met en scène des notables et c’est ce genre d’affaires qui passionne le plus le public », analyse Annick Le Douget, historienne de la justice finistérienne. L’avocat de la défense, Maitre Jadé, plaide le crime passionnel. « Il parvient à retourner l’opinion en faveur de l’accusé en mettant des torts sur le dos de sa femme : elle avait pris un amant et entrepris une procédure de divorce, ce qui était honteux à la campagne. »

Et Alix Grenet n’était pas « du coin »… Guillaume-Marie Kervarec est acquitté.

Un accusé acclamé

« L’accusé a été acclamé au moment du verdict, à 2 h du matin. Des désordres avaient eu lieu à 20 h 30, avant la reprise des débats. La salle des pas perdus a été envahie par la foule, si bien que les magistrats, le jury, les greffiers et les avocats, revenus de dîner, ont eu du mal à regagner la salle d’audience. Des jeunes gens sont entrés à l’aide d’une échelle au premier étage. D’autres se sont installés comme des écureuils sur les toits et observaient par les fenêtres latérales. L’armée est intervenue pour remettre de l’ordre dans le palais. »